Quelles différences et similitudes entre l’Architecture d’Entreprise et l’Urbanisation ?


La raison de l’apparition des concepts d’urbanisation et d’architecture d’entreprise

Avec la révolution de l’informatique, les systèmes d’information sont devenus de plus en plus complexes : Les entreprises cumulent des projets informatiques hétérogènes pour des besoins bien particuliers. C’est comme un phénomène de mode, tous les services de l’entreprise veulent leur dernière application « tendance » qu’il considère la plus efficace mais ne pense pas à la globalité de l’entreprise : la fameuse vue holistique.

Dans ce cas de figure, la DSI met en place de nombreuses applications s’appuyant sur des technologies différentes. Ceci implique l’intervention de plusieurs experts (coûts supplémentaires) et la multiplication des flux entre ces applications (informations redondantes, origine de la donnée floue, etc). Ainsi de l’autre côté de la frontière, la DSI, considérée comme un autre monde pour les opérationnels, est reconnue comme un centre de coût inefficace:– La maintenance est difficile à piloter: il y a trop de systèmes en place,
– Elle n’est pas réactive face à un nouveau projet par manque de temps et de ressources,

– La stratégie d’entreprise n’est pas alignée au SI mis en place.

– Elle est de plus en plus chère et produit de moins en moins de valeur, par conséquent, il n’y a pas de collaboration stratégique réelle entre le business et la DSI

La naissance d’une nouvelle ère structurante dans l’architecture d’entreprise En 1987, un « IBMer« , John Zachman se fait connaitre en proposant un méta-modèle architectural permettant de structurer  la vue holistique de l’entreprise dans le but de gérer sa complexité. A l’origine, il se base sur le système informatique (information system architecture Framework) et étend son travail sur la description globale de l’entreprise (Entreprise Architecture Framework). Il a influencé le gouvernement Américain, et plus particulièrement le Département de la Défense, à mettre en place ce type de Framework au sein de leur agence fédérale afin d’aligner les projets techniques avec les besoins stratégiques.
Avec ces succès et ces ratés au sein du gouvernement, ce travail a été remis à l’Open Group qui l’a standardisé dans la méthode TOGAF. D’autres méthodes sont nées de ces concepts et je m’attarderai sur celles citées ci-dessus qui restent les plus utilisées ou les plus connues.
En parallèle en France, plusieurs DSI de grandes entreprises et d’institutions gouvernementales se réunissent dans un groupe de réflexion – le Club Urbanisme des SI – Enterprise Architecture – afin de définir les « best practices » de la mise en place de l’architecture d’entreprise. Afin d’alimenter leur réflexion, ils se basent sur l’Urbanisation des villes pour établir une image schématisée claire de leur entreprise et du SI. Comme pour Zachman, historiquement, L’Urbanisation se concentrait sur l’épuration du SI par rapport aux fonctionnalités attendues sans s’attarder sur les processus métiers.Catégorisation des genres Maintenant de nombreuses personnes s’accordent à catégoriser toutes les méthodologies anglo-saxonnes dans l’Architecture d’Entreprise (EA) et notre méthode bien française dans l’Urbanisation. Est-ce juste un souci de la prolongation de la guerre de cent ans ou y-a-t-il vraiment une différence ?

Sens des termes utilisés

Pourtant, l’analogie à l’urbanisme des villes a également été employée de l’autre côté de l’Atlantique. Roy Schulte (1997) du Gartner group a identifié que les projets d’architecture en IT ne fonctionnaient pas car il n’y avait pas de distinction entre les vues macroscopique et blueprint (détaillée). En effet, le cerveau humain peut très difficilement assimiler un certain nombre d’éléments en même temps comme l’explique cet article concernant les niveaux d’abstraction : Quelle forme pour mon modèle ?
La vue macroscopique, de type city planning, permet de se concentrer sur la relation entre les différents blocs. De plus, pour faciliter la compréhension lors de la lecture, la notion « cohérence forte / couplage faible » est apparue : il doit y avoir un nombre restreint de relation entre les blocs afin de conserver la cohérence de l’architecture et améliorer la visibilité.

Cette vue se rapproche de celle du cours d’Urbanisation & Architecture des Systèmes d’Information du CNAM : « Un Urbaniste conçoit et fait évoluer le SI d’un point de vue global, élabore le plan et l’architecture d’ensemble : Vision globale et générale. L’Architecte élabore les plans d’un édifice et travaille dans le cadre fixé par le POS (Plan d’Occupation des Sols) sur une partie (quartier, îlot,…) : Vision détaillée. L’architecture respecte les règles de l’urbanisme qui aura défini la finalité du bâtiment et les contraintes de construction, mais dispose dans ce cadre d’une grande liberté.« .

Ces différences sont en fait liés aux niveaux d’abstraction, mais ces métaphores ont permis d’introduire plus facilement ces nouvelles notions dans l’entreprise. En effet, il est toujours plus facile d’expliquer un sujet à un interlocuteur lorsqu’il peut remplacer les mots par des images. D’un autre côté, ces mots manquent de précision ou peuvent créer la confusion dans le domaine de l’entreprise : Ne faut-il pas s’orienter vers un vocabulaire plus business ? A mon avis, introduire le sujet avec cette comparaison peut aider, mais la réalisation devrait s’appuyer sur un vocabulaire précis et, dans l’idéal, standardisé.

Points forts des méthodes d’architectures d’entreprises analysées

Zachman fournit un meta-modèle complet permettant de décrire l’entreprise sur plusieurs niveaux à différents points de vue. Pour plus de détails voir le site Zachman  ou la définition Wikipedia de Zachman :

Zachman Framework

Figure 1. Zachman Framework 3.0, 2011

Les principaux atouts de TOGAF sont la méthodologie ADM (Architecture Development Model) qui guide la mise en place d’un projet d’architecture d’entreprise :

TOGAF

Figure 2. The Architecture Development Model

Et la gestion de référentiels avec l’entreprise continuum (pour plus de détails voir TOGAF 9.0). TOGAF est un cadre de travail générique, dirigé par les processus, flexible et fournissant un ensemble de livrables génériques.

L’Urbanisation se concentre principalement sur la cartographie des processus sur les 3 niveaux ci-dessous.
Pour plus de détails, voir le site du Club Urba-EA ou le livre « Le projet d’urbanisation du SI : Cas concret d’architecture d’entreprise de Christophe Longépé, René Colletti et Gérard Balantzian » –  2009.

redsen-ea-urba-4.gif

Figure3. Les couches du système d’information
Comparaison de Zachman, TOGAF et de l’urbanisation sur le terrain

Des différences sont facilement identifiables entre les notions d’architecture d’entreprise, je ne peux pas comparer l’Urbanisation et l’Architecture d’Entreprise, mais Zachman, TOGAF et l’Urbanisation. Sans trop rentrer dans les détails et en me basant sur mes recherches, voici un aperçu de ces trois méthodes selon les principaux critères clés:

 

  Zachman TOGAF Urbanisation
Stratégie de l’entreprise ++ Le but est d’aligner les exigences de la stratégie dans l’ensemble des processus de l’entreprise ++ La démarche exige de commencer l’analyse par la stratégie de l’entreprise. + Bien que décrite comme une méthodologie top-down, l’utilisation de l’urbanisation est appliquée pour établir la cohérence des processus du SI et établir des cartographie applicatives.
 Meta-modèle ++ Meta-Modèle très exhaustif (abordant tous les sujets et niveaux de l’entreprise), mais n’est pas formellement décrit + Méta-modèle simple et formalisé Proposition d’un modèle générique, définition peu formalisée
Process step-by-step Aucun document n’est disponible ++ Description exhaustive comment créer l’architecture step-by-step à travers l’ADM + Description simplifiée des actions à réaliser
Référentiel Aucun ++ L’entreprise continuum défini la sémantique de référence à utiliser Se base sur des études de cas et la sémantique est peu précise et très métaphorique
Architecture cible/Change management Il est possible de modéliser l’architecture cible mais il n’y a pas de guide pour la transition ++ Guidelines pour la planification de la migration vers la cible et le change management Bien que l’objectif soit d’amener plus de cohérence dans leSI, il n’y a pas de démarche formalisée pour atteindre la cible
Périmètre ++ Une description très exhaustive de l’entreprise est prise en compte ++Elle prend en compte les 4 niveaux d’abstraction : métier, fonctionnel, applicatif et technique + Bien que par principe, elle prend en compte les mêmes 4 niveaux, les urbanistes se concentrent sur les 3 premiers et son souvent peu impliquée dans la stratégie et l’organisation globale de l’entreprise
Source + Le Framework graphique est facilement accessible, mais le détail explicatif est réservé aux membres.
++Une documentation exhaustive est disponible sur le web : TOGAF 9.0
+ Les informations sont accessibles à travers des livres. L’accès aux détails des informations est limité aux membres du club urba-ea. Mais ce club publie des livres explicitant des cas concrets.
Complexité d’utilisation Il est nécessaire d’être certifié afin de comprendre correctement l’utilisation du Framework. Vue l’exhaustivité de la documentation, la certification est également nécessaire. ++ La non-standardisation de l’urbanisation donne un champ assez libre sur son utilisation. Elle est ainsi plus facile à mettre en place.

Ce que j’en pense

On peut voir qu’il y a un décalage entre la définition des termes et la réalité : l’Urbanisation ne se focalise pas seulement sur la macro cartographie, mais entre aussi dans le détail et inversement pour l’Architecture d’Entreprise, bref les niveaux d’abstraction sont nombreux. De plus, il n’y a pas de différence entre l’Architecture d’Entreprise et l’Urbanisation, mais entre toutes les méthodes visant la gestion de la complexité de l’entreprise. Au final, quelque soit la méthode et le modèle employé, les techniques fondamentales de modélisation seront nécessaire afin de gérer la complexité de l’objet organisationnel, technologique et fortement social qu’est l’entreprise moderne. D’ailleurs, en France, les cabinets de conseil se basent sur le concept de l’urbanisme en ajoutant plusieurs couches inspirées des autres méthodes pour en révéler une architecture d’entreprise optimisée. Et vous, quelle est votre approche ?

 

Auteur : Jérémie Cohen – Consultant,

 ——————————————————————–

Références
– Namba & Iijima, City Planning Approach for Enterprise Information System – 2004
– CNAM U&ARSI « Urbanisation & Architecture des Systèmes d’Information »

– Roy Schulte, Architecture and Planning for Modern Application Styles, 1997
– Camille Salinesi — Laure-Hélène Thevenet Enterprise Architecture, Des problèmes pratiques à l’innovation, 2008
– C. Longépé, Le projet d’urbanisation du SI, Démarche pratique avec cas concret, 2006.
A Comparison of the Top Four Enterprise-Architecture Methodologies
– 2007
TOGAF 9.0 Referential
Club Urba SI – EA
The Open Group

Quelles différences et similitudes entre l’Architecture d’Entreprise et l’Urbanisation ?