Les standards de modélisation des processus

Nous avons débattu à plusieurs reprises des standards dans la modélisation de processus métier.
L’occasion nous est donnée, en ce début d’année, de vous proposer une rétrospective sur les différents articles que nous avons déjà publiés et de faire le point sur l’état de la standardisation dans la modélisation de processus.

   Rappel de l’objectif : pourquoi un standard ?

Cette question, presque triviale, est désormais posée au-delà même du domaine spécifique de l’informatique. Comme l’a évoqué l’article intitulé « Modélisation des processus métiers et standardisation », un standard existe avant tout pour faciliter l’interopérabilité et c’est un objectif difficile à atteindre.

« Outre la couverture des différents cas d’emploi […], un standard pour l’analyse des processus métier doit répondre à un certain nombre de critères propre à tout standard de modélisation :
– une notation intuitive à l’usage des acteurs de l’organisation et de la gestion d’entreprise pour que l’on puisse enfin dire : un bon dessin vaut mieux qu’un long discours ;
un métamodèle et un vocabulaire – ensemble de concepts et de relationas – rigoureusement définis pour fournir un socle robuste à l’outillage des approches processus ;
une déclinaison du métamodèle et de la notation pour chacun des niveaux d’analyse des processus métier : chaîne de valeur, organisation, intégration informatique. Cette déclinaison doit s’accompagner d’un mécanisme de navigation entre les différents niveaux d’analyse ;
un format d’échange à la fois pour les modèles de processus et pour leurs diagrammes. »

Pourquoi cette multiplication de normes ?

Au-delà de la concurrence entre les éditeurs, les besoins de modélisation sont variés et la complexité de la tâche nécessite un découpage. Si l’on devait faire 2 grandes familles, nous aurions d’un coté les standards orientés analyse (Business Process Analysis) et de l’autre ceux orientés mise en œuvre (Business Process Management).

Comme abordé dans cet article, « Modélisation des processus métiers et standardisation » ,il faut bien comprendre que les différents standards d’analyse n’ont pas vocation à couvrir l’ensemble des niveaux d’analyse de la chaîne de valeurs de l’organisation.

La question du bon niveau d’abstraction est omniprésente : un analyste va parler de flux, de coût des ressources et d’analyses d’impact alors qu’un développeur parlera connexion de service, langage de description de service web (WSDL), gestion des exceptions, delai de synchronisation, …
Cependant les deux points de vue peuvent être représentés comme un seul ensemble de métadonnées. Il s’agit de relier une représentation conceptuelle à une représentation exécutable par l’intermédiaire d’une couche logique d’abstraction.

De plus l’enjeu et l’historique de la standardisation de la modélisation sont rappelés à l’occasion de la description du langage BPMN (Business Process Modeling Notation) : « BPMN, le premier standard du BPM » .
Ce standard, côté représentation graphique, a clairement rallié les suffrages des éditeurs d’outils d’exécution pour ce qui est de la modélisation de processus (la vue technique en réalité) improprement appelée vue « métier ». Il souffre encore la comparaison avec les normes propriétaires des outils de BPA pour traduire la diversité des objets manipulés dans un référentiel d’entreprise : risque, objectif, indicateur, règle de gestion, …
Les versions à venir devraient pallier peu à peu ces manques. Pour la partie exécution, le panorama n’est pas aussi clair.

Quels sont les standards en lice ?

Disons le d’emblée, le couple le plus prometteur est BPMN+BPEL (Business Process Execution Language). A propos des standards nommés BPDM (Business Process Definition Metamodel) et XPDL (XML Process Definition Language), ils sont en concurrence directe sur le créneau de l’abstraction entre BPMN et BPEL.

Créee en Mai 2004 la version 1.0 de la norme BPMN a été développée par le BPMI (Business Process Management Initiative) qui en juin 2005 a fusionné avec l’OMG pour donner naissance au BMI DTF (Business Modeling & Integration Domain Task Force), ou plus simplement BMI.
Sa description a fait l’objet d’un article « BPMN, un véritable standard ? » .

Nous évoquions une version 2.0 de BPMN dans l’article « Modélisation des processus métiers et standardisation » mais, selon les observateurs, les travaux actuels vont aboutir sur une version 1.1 pour le deuxième trimestre 2007. On estime que la version 2.0 verra le jour d’ici 2 ans.

Quant à son pendant côté exécution, BPEL, a fait l’objet d’un article où les principes fondateurs y sont expliqués« BPEL : intention et réalité » . Depuis le mois d’Août 2006, BPEL est passé en version 2.0.

Si la conversion d’un modèle BPMN en langage BPEL est possible (le plus souvent via un outil tiers), le prochain pas à franchir est celui de la synchronisation. En effet, quoi de plus normal que de procéder à des ajustements lors de l’implémentation d’un processus ? L’entreprise est dynamique, pourquoi les outils de modélisation ne le seraient pas ? C’est bien l’un des objectifs de BPMN/BPEL.
Il devient alors primordial que la modification faite au niveau opérationnelle soit répercutée sur le modèle BPMN pour garantir la cohérence et surtout la maintenance.

XPDL, soutenu par la WfMC (Workflow Management Coalition) se positionne pour être cette couche intermédiaire (couche logique d’abstraction) entre BPMN et BPEL. Il propose de faire le lien entre les différents outils de modélisation. Sa force réside dans le fait qu’il puisse transporter l’ensemble des informations, même très spécifiques, d’un outil de modélisation sans qu’aucun attribut ne soit perdu, il est dit « extensible ».

Reste BPDM qui se positionne au même niveau qu’XPDL comme métamodèle et outil de sérialisation de BPMN mais qui semble marginalisé. C’est également le cas de WS-CDL ,soutenu par le W3, un concurrent de BPEL.

Ci-dessous, deux schémas extraits des spécifications d’XPDL :

Quelles sont les tendances ?

Si une fusion des standards BPMN et XPDL ou BPMN et BPDM semble logique elle n’est cependant pas à l’ordre du jour. Cela permettrait d’avoir une notation ainsi qu’un format d’échange au sein d’un seul et même standard.
Du côté des challengers que nous avions évoqués DSL de microsoft, qui est censé concurrencer UML, ne fait plus beaucoup parler de lui (Aucune information n’est disponible sur d’éventuels travaux en cours).

A la marge du nerf de la guerre que sont la notation et l’exécution, l’aspect purement logiciel, l’apparition de standards comme BPMM (Business Process Maturity Model) ou SBVR (Semantics of Business Vocabulary and Rules) montrent que le domaine du BPM est vaste.
BPMM, comme son nom l’indique, a pour objectif de fournir une grille d’analyse de maturité de l’entreprise. L’un de ses membres fondateurs est Bill Curtis, développeur du modèle CMMI faisant aujourd’hui autorité. BPMM est composé de 5 niveaux et partage le vocabulaire de BPMN puisqu’il est également soutenu par l’OMG.

SBVR est un standard dont le but est de définir un métamodèle réunissant le langage métier et la définition de règles.

Voici une représentation des différents standards du BPM :

Le secteur du BPM arrive peu à peu à maturité d’où de nombreuses consolidations en 2006. Cette année 2007 devrait donc être une étape importante dans l’émergence et la démocratisation d’un standard du BPM.

Michaël Ferrari
BPMS

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