« La notation BPMN va très certainement s’imposer dans la modélisation des processus métier »

Yannick_Jouannin_Nomia.JPGEntretien avec Yannick Jouannin, Président Directeur Général du cabinet Nomia

Cette année Nomia fête ses 18 ans d’existence. L’âge de majorité pour une entreprise. Par quels résultats se sont traduites ces 18 années ? Que représente la société aujourd’hui ?
– Nomia est aujourd’hui un acteur reconnu dans le conseil en management du changement avec une offre qui s’articule autour de 3 grands axes :
– Le conseil en management des changements dans les organisations avec une expertise en modélisation des processus (BPM/ BPA) et en optimisation de leur performance (Lean Six Sigma pour les Services)
– Le conseil en cartographie et urbanisation du SI
– Le conseil en accompagnement du changement avec un produit dédié dont nous sommes l’éditeur : « OnMap l’entreprise visuelle »

Ce savoir-faire et notre longue expérience nous valent aujourd’hui la confiance d’un investisseur, Avenir Entreprises, une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations. Il nous accompagne depuis fin 2008.

Depuis quelques années l’industrie du logiciel et des services connaît la crise. En 2009 de nombreux éditeurs et cabinets de conseils ont montré des chiffres d’affaires inférieurs à ceux de 2008. Comment Nomia gère-t-elle la crise ?
– En dépit de cette crise sans précédent, nous avons maintenu notre chiffre d’affaires entre les deux années. Bien que notre marge ait diminué, elle demeure positive.

Nomia édite la solution OnMap. Quel est son positionnement ? Quels sont les gains apportés par ce type de solution ?
– Par notre activité de conseil, nous avons constaté le manque de solutions packagées disponibles sur le marché pour aider les opérationnels à s’approprier efficacement les changements lors de projets de transformation. Il fallait soit développer des contenus de communication et de formation sur mesure, coûteux et difficilement maintenables, soit se contenter de supports power point avec leurs inconvénients. Nous avons donc développé OnMap, fruit de plus de 10 ans de savoir-faire et d’expérience acquise.

OnMap est une solution industrielle qui permet aux entreprises d’être autonomes dans la création de leurs dispositifs pédagogiques. Surtout, elle repose sur le concept innovant d’entreprise visuelle. Il part du constat souvent partagé que les collaborateurs connaissent mal leur propre entreprise. Ils n’en n’ont pas une vision claire. Cette méconnaissance augmente la résistance au changement. OnMap permet de déployer en ligne des représentations visuelles et animées de l’entreprise ou de l’un de ses services. Plusieurs dispositifs multimédias exploitant cette entreprise visuelle peuvent être mis à disposition des collaborateurs, selon les besoins : des visites interactives pour s’approprier l’organisation et son fonctionnement ; des parcours de formation (présentiel et elearning), par profil métier ; des bureaux métiers virtuels pour consulter les documents à jour nécessaires à la réalisation de leurs activités.

Les solutions OnMap contribuent à améliorer la performance des organisations en valorisant le capital humain : elles facilitent et accélèrent la mise en œuvre des projets ; elles favorisent l’acquisition de compétences et l’appropriation du poste de travail.

Vous dites qu’OnMap est capable de récupérer les processus décrits dans les outils BPA/BPM ? Que se passe-t-il quand le référentiel BPA connaît des modifications ? Nomia sait-il se synchroniser au référentiel ?
– Absolument. OnMap se synchronise avec les référentiels d’Aris (IDS Scheer), de MEGA et de Corporate Modeler (Casewise). Les mises à jour sont automatiquement répercutées dans la base OnMap.

Au début de cette année vous avez lancé une nouvelle offre OnMap, l’hôpital visuel. Quelles sont ses grandes caractéristiques ?
– Il s’agit de la solution OnMap, complétée de cartographies et d’animations permettant de disposer en standard d’un « hôpital visuel » avec 15 services et 11 processus parmi les plus importants (circuit de la biologie, circuit du médicament, gestion de l’imagerie, admission, urgences, chirurgie, chirurgie ambulatoire, ….). La solution permet bien entendu de personnaliser et d’enrichir cet hôpital visuel au contexte de chaque établissement.

Souvent dans les projets de transformation de système d’information, la conduite du changement se réduit au seul axe « outils ». La formation aux nouveaux outils suffit-elle pour faire adhérer aux changements ?
– A notre sens, non. Le collaborateur doit pouvoir établir des liens logiques entre la finalité du projet et les actions qui vont lui être demandées. En amont d’une formation aux outils, il faut qu’il sache pourquoi certaines tâches et procédures vont lui être demandées. Il doit pouvoir mesurer sa contribution dans l’effort collectif. C’est ce que nous appelons la phase « d’implication ».

Il y a une autre phase souvent négligée dans les projets : celle de l’accompagnement post-déploiement qui doit donner aux collaborateurs les moyens d’être complètement et durablement opérationnels à leur poste de travail. A l’issue des sessions de formation, tous ne se sentiront pas immédiatement à l’aise avec les nouvelles procédures ou les nouveaux outils mis à disposition. Il faut proposer les dispositifs adéquats. Pour y répondre avec OnMap, nous proposons le concept de bureau métier.

Quelles nouveautés du point de vue offre préparez-vous ?
– Nous nous apprêtons à sortir une offre en SaaS d’ici le 1er trimestre 2011.

Plusieurs études constatent que l’intérêt pour le management pour les processus s’est véritablement accéléré ces dernières années. Quels sont les principaux moteurs de cette industrie ?

– Les grands éditeurs tels que SAP ou Oracle, en s’y ralliant, ont largement contribué à son essor, de même que les éditeurs de solution SOA et Workflow. A cela s’ajoute le constat fait par les entreprises que le processus est la brique essentielle entre l’organisation et le S.I. C’est lui qui matérialise le fonctionnement de l’entreprise, et c’est là que se joue sa performance. Enfin, j’ajouterai la poursuite de la montée en puissance de l’informatisation qui rend obsolète – en particulier avec les logiciels intégrés – l’organisation en silo de l’entreprise.

Quel est le niveau de maturité des entreprises en France en matière de management par les processus ?
– Il reste sans doute encore bien faible. Le BPM se réduit souvent à une finalité qui est de modéliser les processus et d’en informatiser un certain nombre, au travers notamment de projets workflow. On reste bien loin de l’enjeu essentiel qui est de manager l’entreprise avec les processus, avec le décloisonnement des métiers à la clé. In fine, ce qui doit être visé, c’est l’amélioration de la qualité des services ou des produits délivrés aux clients ou usagers et bien entendu une amélioration de la valeur générée pour l’entreprise ou l’organisme.

Comment voyez-vous le marché du BPM en France dans 5 ans ?
– En fort développement, car la crise – et la recherche de nouveaux gains qu’elle engendre – va renforcer l’absolue nécessité de « repenser » l’organisation des entreprises autour de processus fluides et dénués de tout gaspillage.

Par ailleurs, la notation BPMN va très certainement s’imposer progressivement dans la modélisation des processus métier (BPA). Elle ne restera donc pas cantonnée à la modélisation « logique » des processus workflow. La version 2.0 de la notation apporte des évolutions par rapport à la 1.2 qui vont dans ce sens.

C’est une excellente nouvelle qui apportera plusieurs avantages :
– les processus seront mieux décrits grâce à une notation formelle qui oblige à une certaine rigueur, ce qui est loin d’être le cas avec les processus métier modélisés avec les outils actuels
– les modèles de processus seront indépendants des éditeurs d’outils de modélisation, ce qui aura pour conséquence de favoriser l’arrivée sur le marché de nouveaux produits innovants
– la notation devrait s’enrichir d’éléments permettant la simulation des processus

« La notation BPMN va très certainement s’imposer dans la modélisation des processus métier »