« Je suis convaincu que lorsqu’il s’agit d’IT {…} c’est l’intuition qui prévaut »

Wolfram Jost, Directeur Technique de Software AGEntretien avec Wolfram Jost, Directeur Technique de Software AG

Au cours de votre intervention, lors du Press Day, vous avez semblé particulièrement passionné par deux sujets, l’In-Memory et le cloud computing. Pouvez-vous m’en dire plus sur votre perception de l’In-Memory ?
– Prenons cette situation où vous avez une application, le mieux que vous puissiez faire est d’amener la donnée le plus près possible de l’application, et cela n’était pas possible par le passé à cause de la technologie. Il n’était pas possible de stocker la donnée de manière volatile, et c’est pour ça qu’on a développé des bases de données, auxquelles les applications étaient reliées. Sauf que maintenant, l’IT est devenue plus complexe, les systèmes doivent être adaptifs selon les structures, qui n’ont pas forcément de vision claire de leur développement. Comme sur Internet, Facebook, ce sont des millions d’utilisateurs et l’entreprise ne sait pas jusqu’où cela va aller, mais une chose est sure : plus vous avez d’utilisateurs, plus vous avez besoin de ressources. Il faut ainsi une technologie qui s’adapte niveau des besoins, sur le long terme. De fait, tous ces Facebook, Google et Amazon, ont inventé l’In-Memory car ils ne pouvaient plus seulement dépendre de bases de données.
Parallèlement, les entreprises ont de plus en plus d’applications dans leur parc informatique, elles n’ont pas toujours conscience de ce que cela implique et quasiment toutes les entreprises, on peut dire, ont des problèmes de performance. L’In-Memory compense ces problèmes, car on extrait la donnée de la base de données, plus près du processeur et de l’application.

S’est posé à un moment l’obstacle de la capacité de mémoire. Si vous aviez une base de 12 gigas et une mémoire d’un seul giga, vous n’alliez nulle part. Cependant, maintenant, vous pouvez, avec l’In-Memory, transférer la totalité de la BDD dans le cache, ce qui fait gagner un temps considérable à chaque requête. Donc je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas un succès.

Vous avez également mentionné que cette technologie ne servait pas seulement à appeler de la donnée, mais à en ajouter dans la BDD. Pensez-vous que cela aura un impact sur le travail collaboratif au sein des entreprises ?
Citation de Wolfram Jost, Directeur Technique de Software AG– Je suis convaincu que cela va participer à l’expérience utilisateur des applications, à l’améliorer. Lorsqu’on accède à ses données en quelques millisecondes, on prend du plaisir à travailler et à échanger. Le plaisir est un bon vecteur de motivation, parce que franchement, quand vous lancez un programme ou ouvrez un fichier et que vous attendez, attendez… attendez, en regardant tourner ce sablier ou ce petit rond [soupirs] vous décrochez. Ne serait-ce que cinq secondes, c’est un laps de temps très long pour des professionnels.
Mécaniquement, ce gain de temps mène à plus d’échanges, plus de fluidité dans les échanges, et ainsi à plus de créativité ou d’innovation car plus d’idées transitent au sein de l’entreprise.

L’In-memory est pour vous une réponse aux besoins de vitesse et d’agilité aux processus intermédiaires ?
– Très certainement.

Mais qu’en est-il du Cloud Computing ? Est-il destiné à remplacer ou soutenir l’In-Memory à moyen terme dans cette même optique ?
– Je pense que si vous voulez offrir une certaine fonctionnalité informatique au public, et plus particulièrement un service, vous devez prendre en considération l’utilisateur en bout de chaîne. D’un point de vue IT on entend trop souvent « matériel, matériel, matériel« , mais c’est par le biais de mémoire virtuelle, que les applications ont les véritables ressources nécessaires à la satisfaction des utilisateurs. Donc l’In-Memory est une solution qui répond à un besoin, selon moi, différent du cloud computing.

Il semble que la manière dont Software AG va proposer ses services dans ce domaine, se fera par le biais de la plateforme, l’offre Platform as a Service / PaaS. Mais à cela s’ajouterait BPM as a Service, Integration as a Service. Un revirement service pour SAG à l’horizon 2012-2013 ?
Citation de Wolfram Jost, Directeur Technique de Software AG– L’idée est d’aller au-delà d’une simple offre d’hébergement ou de Software as a Service. Nous avons développé notre technologie pour pouvoir offrir ce faisceau de services, et le diversifier. Quels services proposerons-nous ensuite, à partir de cette technologie ? Cela dépendra de l’accueil du marché, mais pas d’un obstacle technologique. C’est donc ma responsabilité, de m’assurer, que quelle que soit la décision prise, l’approche et la réception du marché, que nous soyons prêts sur ce plan.

Et si d’ici an et demi, nos commerciaux nous disent « Il y a une demande pour du BPMS as a Service » je pourrai répondre « D’accord, on peut passer au développement« , parce qu’on sera toujours à jour d’un point de vue technologique. Mais je ne peux pas interroger les commerciaux aujourd’hui sur ces besoins très émergents, parce qu’ils me diront « On ne sait pas ». Il est difficile de prédire la direction qu’ils prendront.

Lors de votre dernier entretien avec BPMS, vous aviez évoqué un standard unique pour les services de BPM, et que cela ne serait possible qu’au travers de la technologie. Le Cloud Computing sera-t-il un vecteur de standardisation d’après vous ?
– A mon sens, plus les applications sont standardisées, plus cela a du sens de proposer des services diversifiés. Il suffit de voir l’exemple d’une application unique distribuée auprès de millions d’utilisateurs comme Google Search, et la suite Google qui s’est implantée dans son sillage. Ainsi, le succès d’un service d’applications dépendra de sa standardisation, de sa simplicité d’utilisation, de sa facilité de configuration, et de sa courbe d’apprentissage. Si et seulement si, il satisfait toutes ces catégories, alors il a ses chances.

A vous entendre, le Cloud Computing résoud un grand nombre de problèmes d’utilisation, ou de partage, une sorte de panacée technologique. On perçoit un grand enthousiasme de votre part.
– En effet, je suis très enthousiaste à l’égard du cloud computing, parce que je vois l’impact qu’il pourrait avoir sur l’industrie du logiciel. Le schéma classique de l’entreprise qui développe une solution, la met sur un CD/DVD, la vend à un client, la fait installer par des prestataires, la fait mettre à jour… Ca ne parle plus aux clients qui nous disent « Je veux juste pouvoir travailler, maintenant, avec cette application. » Toute la chaîne va et va devoir changer.
Ce ne sera pas qu’un changement de système, comme passer de Windows 7 à Windows 8, ou passer d’un serveur hôte à serveur client. On parle ici d’une mutation initiée par l’IT, qui touchera jusqu’au plan organisationnel des entreprises. Je pense que le Cloud est une « killer-technology « , qui va changer la manière dont le logiciel sera développé, orienté, consommé, payé. Comment ne pas être enthousiaste ?

Mais peut-être que j’ai tort de l’être, que je me trompe complètement. Qui sait ?

D’ici, disons 10 ans, lorsque ces changements auront eu lieu, pensez-vous qu’il faudra encore éduquer les entreprises et les employés pour que services, usages et technologies restent alignés ?
Citation de Wolfram Jost, Directeur Technique de Software AG– Je pense que la nouvelle génération, les jeunes, ont une éducation totalement différente de la notre. Les médias sociaux, la mobilité, toutes ces choses. J’imagine ma fille, devant une application SAP d’aujourd’hui, elle me dirait « Qu’est-ce que c’est que ce truc ? » Quel jeune pourrait supporter un tel logiciel ? Et je pense que Google, Facebook, les interfaces tactiles, le souci de l’expérience utilisateur, et non pas des programmes avec une dizaine de fenêtres à l’écran, ont façonnés la culture de cette génération, et qu’elle contribuera à l’évolution du marché.

La technologie elle-même, à mon avis, aura changé au cours de la décennie future. Suivre le rythme des avancées technologiques, comme nous le faisons, est une tâche particulièrement difficile. Et je dois avouer que je n’avais jamais vu une période comme celle que nous vivons en ce moment, où les choses vont aussi vite, que ce soit dans les domaines de la mobilité, du partage de l’In-Memory, et c’est un énorme… je ne dirais pas fardeau, mais une énorme pression de gérer tout cela. Les besoins des entreprises se sont démultipliés et c’est pour cela que nous avons autant de projets en développement.

Parallèlement, on voit que les entreprises qui se créent optent pour le cloud, car les problématiques des systèmes hérités, de la réforme, ne se posent pas. Vos services de cloud computing s’adressent-ils plus particulièrement à ces nouveaux prospects, quelle que soit leur taille ?
– Evidemment.

Cela vous place-t-il, selon vous, à l’avant-garde des autres acteurs du secteur BPM/BPA ?
– [Rires] Je l’espère bien ! Je pense que de toute façon, toutes les entreprises se suivent de très près sur ce marché. Il serait inconcevable qu’un éditeur ignore cette tendance. Ce serait une stratégie très dangereuse.
Et je crois que l’idée de complétude que nous avons choisie influence, pour notre intégration BPM ou SOA, le développement des applications : L’architecture de la plateforme nous donne une certaine avance sur la compétition. C’est d’ailleurs une dynamique que nous utilisons en interne, pour stimuler la croissance de l’entreprise.

Vous percevez, à l’échelle de Software AG, le bénéfice du cloud computing et de vos technologies ?
Citation de Wolfram Jost, Directeur Technique de Software AG– En effet, et surtout au niveau de l’efficacité. Mais je pense que personne, en allant acheter un mobile aujourd’hui, ne prend le temps d’un calcul de risques ou de ROI. On ne se dit pas « Bon, je vais dépenser 500€ pour cet iPhone, quels seront les bénéfices de cet investissement ? » On le fait instinctivement.
Je pense que toutes les entreprises à leur tour devront prendre une décision sur leur organisation, et elles pourront faire tous les calculs possibles, pendant des mois, mais ça ne leur permettra pas de cerner une meilleure décision que celle qui découle d’un comportement intuitif.

Je suis convaincu que lorsqu’il s’agit d’IT, ou de tous grands concepteurs IT, c’est l’intuition qui prévaut. Que ce soit Steve Jobs, ou un autre, ils avaient tous une vision, une pensée intuitive, et se contentaient de les réaliser. Ils étaient passionnés, et ils ont tout fait pour que leur idée réussisse.

Vous ne pouvez pas aborder de manière mathématique tous les facteurs qui entrent en compte en IT. Bien sûr, je pourrais vous faire une projection de la refonte de votre SI, et je pourrais vous dire que vous aller économiser 20% sur vos coûts sur les 3 prochaines années. Personne ne dirait non, car je vous parle de sécurité.
Mais il y a des technologies que ne se plient pas à cette méthode, et qui sont trop importantes, impactantes, pour qu’on les ignore. Les ignorer, y compris pour les acteurs du marché, serait un abandon de la compétitivité, indépendamment du coût qu’elles impliquent.

C’est pour vous à ce niveau que se jouera la compétition, dans les prochaines années ?
– Sans aucun doute.

« Je suis convaincu que lorsqu’il s’agit d’IT {…} c’est l’intuition qui prévaut »