« D’un certain point de vue, BPM est une partie de Knowledge Management »

Entretien avec le Prof. Dr. August Wilhelm Scheer réalisée lors de la manifestation Process World 2008.

Qu’est devenu le Knowledge Management face au BPM ?
– La connaissance d’une entreprise est très importante. Elle est traditionnellement répartie entre des informations écrites et les produits de l’entreprise mais également dans la tête des gens.
Avec le BPM, il est possible de documenter la connaissance de l’organisation d’une nouvelle manière : tout d’abord de manière graphique, plus seulement de manière textuelle, et aussi d’une manière orientée processus qui permet de voir les flux, les documents et les informations échangées entre les services.

D’un certain point de vue, BPM est une partie de Knowledge Management (KM) : le KM est un concept théorique et le BPM est un moyen plus pratique, réaliste et fournit des outils adaptés à la capture de la connaissance. Cependant, le BPM ne peut pas décrire les informations non structurées que peut prendre en charge le KM.

Lorsqu’on parle de BPM, le grand public entend souvent automatisation et workflow, comment IDS Scheer se positionne par rapport à ça étant donné que votre secteur de prédilection est l’analyse (amont) des processus ? Comment sensibiliser vos clients ?
– Il est vrai que nous sommes reconnus comme étant un outil de modélisation, de simulation et d’optimisation de processus mais nous avons développé des outils de surveillance de l’exécution des processus et nous nous rapprochons des outils d’exécution.

Nous travaillons en étroite relation avec les éditeurs de solutions d’exécution (workflow) ou les éditeurs d’ERP comme SAP, Oracle ou Microsoft. Nous sensibilisons nos clients par l’intermédiaire de notre méthode et de la manière dont ils peuvent utiliser nos outils.
Nous allons nous attacher, dans le futur, à fournir plus de contenu avec nos outils afin d’illustrer les meilleures pratiques. Nous les alimentons par les retours que nos consultants nous font des différentes industries. Cela nous donne la possibilité de mettre en forme cette connaissance sous la forme d’un produit que nous pouvons commercialiser.

Pensez-vous que le marché du BPM soit arrivé à maturité ?
– Tout le monde ne comprend pas ce qu’est le BPM. Si on regarde du côté des éditeurs de workflow ou d’ERP ils en ont une compréhension technique alors que nous avons une vision orientée métier des processus. Nous voulons comprendre le métier de nos clients afin de pouvoir optimiser le fonctionnement d’un point de vue organisationnel.

Nous allons donc du métier au modèle et ensuite les éditeurs de workflow et d’ERP s’occupent de mettre en œuvre ces modèles d’un point de vue technique. Et de ce point de vue, le marché n’est pas encore mature, nous ne partageons pas une vision unique du BPM. Lorsque cela arrivera, nous assisterons à des consolidations d’éditeurs.

Durant les 2 dernières années, quelles ont été les avancées les plus significatives sur le marché ?
– Ce qui est à noter, c’est que les acteurs clés ont tous réorganisé leur plateforme de la même manière. SAP, Microsoft, Oracle et IBM proposent des plateformes orientées processus. Par exemple, SAP avec Netveaver.
Ils ont donc compris qu’ils avaient besoin d’un BPM technique pour rendre plus facile le développement de leurs applications en étant orientées processus car les plateformes fournissent toutes les fonctionnalités techniques permettant aussi de mettre en œuvre des processus, notamment au travers de workflow.
On peut donc reconnaître la pensée processus autant d’un point de vue organisationnel que d’un point de vue logiciel.
Le deuxième point c’est l’émergence de technologies comme le SOA ou la dématérialisation des ressources (cloud computing) qui accentue le besoin d’établir une carte des services dans un référentiel avec un outil comme ARIS.
Ce sont donc 2 axes qui soutiennent notre développement.

Y-a-t-il, en Allemagne, des secteurs plus en pointe que d’autres dans la mise en œuvre du management des processus ?
– Les secteurs les plus en avances sont ceux qui sont sous pression du marché et nécessitent une réorganisation. Typiquement c’est l’opérateur téléphonique public qui est privatisé et doit adopter une manière de pensée orientée vers le marché mais sont également concernées les entreprises qui évoluent sur des secteurs concurrentiels.

Ces entreprises doivent se réorganiser pour survivre. Le secteur de l’énergie suit le même mouvement que la téléphonie. Le secteur public est aussi en train de changer et nous intervenons tant au niveau du gouvernement que des villes. Les industries plus traditionnelles sont également intéressées. Il n’y a pas de secteurs vraiment en pointe, c’est un mouvement assez général.

A Process World, nous avons assisté à un grand nombre de témoignages clients, lequel préférez-vous ?

– Je ne citerai pas un témoignage en particulier car je décevrai les autres. Nos clients sont toujours des partenaires et leurs réussites sont notre meilleure publicité. Les prospects font plus confiance aux témoignages d’un client qu’a nos présentations!
Par exemple dans le domaine de l’automobile nous avons beaucoup travaillé sur le système d’information et cela nous a ouvert de nouvelles perspectives.

Y-a-t-il des spécificités sur le marché français ? Faisons dans le cliché : les Allemands sont plus enclins à suivre les règles que les Français, cela fait-il un terrain plus favorable pour le BPM ?
– J’habite à la frontière française et j’adore la cuisine française où je croise souvent des Français et je n’ai pas constaté autant de différences que cela, mais si vous voulez vraiment apprendre la bureaucratie, il faut aller en France et si vous êtes en France et que vous voulez vous rendre dans un poste de police, à l’heure du déjeuner, il sera fermé.

Je ne pense pas que les Allemands soient spécialement ordonnés ou que les Français soient spécialement chaotiques, la vérité est surement au milieu.
Si vous avez une grande organisation à gérer, vous avez besoin de règles mais la créativité doit être préservée. Il s’agit donc d’un équilibre à trouver. L’entreprise a besoin d’une colonne vertébrale solide tout en gardant en tête que la créativité est aussi très importante.

D’après vous, comment sera le marché du BPM dans les 2 ans à venir ?
– Je pense qu’il est très difficile de donner une réponse universelle car il y a une grande diversité d’outils. Cela dépendra beaucoup de la manière dont seront intégrés les outils. Nous devons pour cela développer notre stratégie pour ne pas être seulement perçu comme un outil de modélisation. Nous avons déjà commencé cela en proposant des outils de surveillance opérationnelle des processus.
L’outil de modélisation reste le cœur et plusieurs produits complémentaires sont déjà disponibles.

Quelle est votre vision de la formation que reçoivent les élèves allemands par rapport au management des processus ?
– Nous sommes très proches des universités. Beaucoup d’entre elles proposent des cours qui parlent de BPM et l’on retrouve surtout ça dans les sections informatiques. Nous travaillons avec des universités étrangères avec lesquelles il existe un réseau de recherche. Il y a beaucoup de livres sur le BPM et ARIS y est souvent cité.
Je participe parfois à des conférences mais ces dernières années je n’ai pas été invité en France.

BPM et système d’information sont très proches, comment ne pas en faire un projet technique ?
– Il y a 2 grands axes. Tout d’abord, il peut s’agir d’un changement organisationnel répondant à la pression du marché, l’autre possibilité concerne le besoin d’un nouveau logiciel (typiquement un nouvel ERP).
Dans le meilleur des cas, c’est l’occasion de remettre en cause l’organisation existante. Dans le cas le plus banal, l’intérêt va simplement se porter sur la mise en œuvre technique en pensant que le seul problème est d’ordre technique et donc la solution est de dépenser beaucoup d’argent afin adapter le logiciel à l’ancienne organisation.

C’est un point sur lequel nous devons sensibiliser le top management pour qu’il ne se contente pas de changer de technologies mais qu’il repense l’organisation dans sa globalité. C’est une opportunité intéressante et c’est une chance à saisir pour réorganiser les choses d’une manière orientée processus.

Auteur : Michaël Ferrari

« D’un certain point de vue, BPM est une partie de Knowledge Management »