"Corporate Modeler n'est plus le coeur de l'offre de Casewise"

Alexandre Wentzo, PDG de CasewiseEntretien avec Alexandre Wentzo, PDG de Casewise depuis janvier 2011
Que pouvez-vous nous dire de la nouvelle stratégie éditoriale de Casewise pour l’édition 2012 de Corporate Modeler, en trois angles : « Visualiser, Étendre, Optimiser » ?
– Comme vous l’avez certainement remarqué sur notre nouveau site internet, nous avons en effet repackagé notre offre. Nous avons constaté que nos clients, souvent, trouvaient notre offre très complète mais parfois un peu complexe, pour faire un choix par rapport à leurs besoins.
Corporate Modeler Entreprise permettait aussi bien de modéliser, de faire de l’analyse, de la publication, et proposait donc une offre très complète, mais si un Directeur Général ou un Directeur Financier devait prendre une décision sur le logiciel qu’il lui fallait, il se trouvait, par rapport à son profil, incapable de choisir sans une explication préalable.
Désormais, si vous voulez modéliser, vous avez Casewise Modeler. Si vous souhaitez communiquer, vous avez Casewise Communicator, qui reprend nos anciens modules de communication, Word, HTML, nos anciens modules de collaboration, et, tiré de notre portail, avec l’intégration de SharePoint, nous proposons Casewise Collaborator.
Concernant l’optimisation, la simulation était intégrée nativement dans notre offre initiale, et seulement 1,5% de nos clients en France l’utilisaient. Nous l’avons donc retirée l’offre initiale et lancé Casewise Analytics, qui comprend la simulation, avec une partie de Business Intelligence (BI) intégrée.
Nous avons également signé un contrat d’OEM avec Lanner, leader mondial en termes de simulation. Notre moteur de simulation était intuitif et assez puissant, mais avec des limites pour ceux qui voulaient faire de l’optimisation poussée, notamment pour les algorithmes, ou sur des métiers verticaux, tels que l’industrie automobile, et l’on va pouvoir maintenant bénéficier de cela.
Pour les plateformes mobiles nous proposons Casewise Mobile, puisqu’il y a désormais beaucoup de travail sur iPhone et iPad. Lancée l’année dernière, notre solution a été envoyée à l’Apple Store, et d’ici les cinq prochaines semaines, si tout se passe bien, elle sera disponible au téléchargement.
Citation d'Alexandre Wentzo, PDG de CasewiseL’idée de l’application était de pouvoir donner accès à de l’information critique aux différents utilisateurs, mais selon leur profil. On a par exemple un client dans le milieu pétrolier, qui s’occupe de faire des forages, qui a besoin que leur opérationnel ait une sorte de check-list étape par étape, et il reçoit l’information suivante à chaque étape validée. S’il y a un problème, il a les solutions possibles proposées.
C’est donc, si on le souhaite, une façon de travailler très pragmatique, très opérationnelle, et en même temps, pour les dirigeants, Casewise Mobile permet surtout d’avoir accès à des interfaces de Business Intelligence, pour pouvoir directement piloter leur entreprise.
Nous avons ainsi décliné toute notre offre de façon beaucoup plus intuitive. Le choix est beaucoup plus simple, plus limpide.
Casewise Mobile fonctionne-t-il avec Casewise Administrator, pour segmenter les accès selon les profils, même à distance?
– Tout à fait. Casewise Administrator, que je n’ai pas mentionné tout à l’heure, est maintenant une brique de l’offre, car il était auparavant intégré à Corporate Modeler. Comme il avait énormément de modules complémentaires, nous avons sorti Casewise Administrator qui permet de gérer l’ensemble des droits pour l’intégralité des offres Casewise.
Le secteur semble en effet prendre conscience de la mobilité des outils, chez TI Informatique par exemple, qui annonce en ce moment une application de portabilité, avec des droits administrateurs, une offre semblable. Vous sentez-prescripteur ou accompagnateur ?
– Nous sommes convaincus par l’aspect mobile, on l’a encore vu dernièrement avec le rachat de Motorola par Google, il n’y a plus de doute sur le positionnement. Ce qui était difficile, sur l’utilisation des tablettes par les dirigeants, c’est qu’ils faisaient l’acquisition des tablettes, et la justifiaient eux-mêmes en disant qu’ils n’avaient pas encore trouvé les applications métier pour justifier cet outil. C’est pour ça qu’il y a un an, nous avions déjà un peu devancé cette tendance, et effectivement trois de nos clients l’utilisaient en Beta-testeurs.
Maintenant, il n’y a plus de doutes. Auparavant la Business Intelligence n’était pas intégrée, on était plutôt sur des diagrammes, des objectifs, une navigation du référentiel. Nous nous sommes dit que cela avait moins de valeur : si les utilisateurs souhaitaient juste naviguer dans le référentiel, ils auraient pu prendre une application web. Des business cases convaincants existent, et nous avons pu identifier les besoins et la valeur ajoutée par type de profils, donc l’offre est bien mature.
Le fait que vous ayez présenté la majorité de vos produits pertinents dans cette suite, signifie que vous allez arrêter d’autres produits, Web Modeler ou Portal, par exemple ?
– Le portail et le Web étaient notre plateforme web à l’époque, où le portail permettait d’accéder à l’information, l’éditer, la créer ou la visualiser, et le web servait à la mettre en ligne. Ce qu’on a fait avec Collaborator, c’est qu’on a fusionné ces deux offres, en y intégrant la partie SharePoint. Cela donne une offre globale, qui donne accèsà l’information, de l’éditer, de modéliser mais en même temps, de générer des fiches de procédures, intégrées dans votre SharePoint. Tout est fusionné.
Citation d'Alexandre Wentzo, PDG de CasewiseDans ce mode de licence, nous avons aussi évolué, car ces cinq dernières années, on achetait des jetons. Dix pour éditer, 20 pour dessiner. On s’est aperçu avec le recul que ce système était néfaste pour le projet. Quand un client achète cette offre, initialement, il part avec 10 utilisateurs, en pack d’entrée. Et on espérait toujours qu’après un ou deux ans, selon la maturité du projet, il allait étendre le nombre d’utilisateurs.
Vu les contraintes économiques actuelles, ils essaient plutôt de restreindre les investissements et de réduire l’usage. L’idée de communiquer et de collaborer au sein de l’entreprise ne se faisait pas puisqu’on était limité à 10 utilisateurs. Dès maintenant, tout est illimité.
C’est un pari, parce que nous ferons moins de revenus sur le court terme, mais cela va faciliter le succès de ce projet, permettant de remporter d’autres projets, entraîner une meilleure perception de l’entreprise sur le long terme.
Vous avez réparti l’offre en différents modules et un cœur de métier, Corporate Modeler, mais le reste sera-t-il présenté comme options ?
– Ce qui a changé c’est que Corporate Modeler n’est plus le cœur, justement. La partie modélisation était valable ou apportait énormément de valeur aux entreprises, il y a une dizaine d’années, ou il y a encore 5 ans, mais aujourd’hui, modéliser apporte peu de valeur.
Le cœur de Casewise aujourd’hui est le référentiel central, avec la partie administration, qui est une partie commune à tous les modules. Certains clients vont ainsi avoir 5 à 10% de personnes qui vont modéliser, et c’est tout ce qui est analyse de la donnée qui va apporter de la valeur ajoutée à l’entreprise. D’où notre offre de simulation, parce que je pense qu’il y a un marché, dans lequel il faut éduquer les gens, pour savoir comment utiliser la simulation simplement, et en tirer tout de suite des bénéfices.
Aujourd’hui, on sait qu’il y a peu de nos clients qui font de la simulation. Nous en avons quelques-uns comme Geodis, qui a la plus grande plateforme logistique d’Europe, pour qui il fallait calibrer leurs équipes par rapport aux charges, grâce à la simulation. En Angleterre, l’approche processus est beaucoup plus développée qu’en France, il faut admettre leur avance dans ce domaine, où la simulation est partie prenante de la modélisation.
Donc le cœur, c’est le référentiel, avec l’administration, et après, si vous souhaitez communiquer, collaborer, vous avez les modules adaptés.
Pour communiquer ou collaborer, il faut avoir les données de base, donc il faut quand même modéliser, non ?
Citation d'Alexandre Wentzo, PDG de Casewise– Alors oui et non. Parce qu’aujourd’hui vous avez un référentiel central et vous allez voir dans les prochains mois, en partant du principe que la modélisation apporte peu de valeur, nous essayons maintenant d’industrialiser l’auto-diagramming, nous considérons qu’aujourd’hui il y a des connecteurs, des offres qui permettent d’extraire la donnée de différentes applications tiers, permettant de peupler directement le référentiel avec les bons filtres, et de dessiner automatiquement.
Cela remonte chez nous à 6 mois, nous avons développé cela en offre de conseil, et maintenant, c’est intégré dans la version 2012 de Corporate Modeler.
L’idée, c’est qu’au lieu que vos consultants passent toute la journée à dessiner, surtout si vous faites des mises à jour de votre référentiel quotidiennement, la majorité des informations sera modélisée sur demande.
Dans cette évolution notable de l’offre au niveau de sa structure, on note Synergy, toujours présent, et CMI, qui a disparu, ou semble éclaté sur d’autres modules, dont Analytics. Comment avez-vous spécialisé votre offre ?
– C’est le retour de nos clients, par exemple sur Corporate Modeler Intelligence, qui était un premier essai de Business Intelligence, qui nous a permis de faciliter l’accès au référentiel. Comme le méta-modèle et la structure du schéma étaient un peu complexes, nous utilisions CMI pour y greffer BusinessObjects, et monter un univers beaucoup plus simplement. C’était une première étape pour faciliter la BI, mais nous n’apportions pas de la BI. C’était juste un traducteur technique entre deux mondes, mais ça n’était pas suffisant. Les clients nous ont dit qu’ils voulaient faire le reporting eux-mêmes, de façon intuitive, sans avoir de connaissances SQL (requises pour travailler avec CMI).
Nous sommes donc passé dans un domaine plus avancé, plus utilisateur. On pense résolument « utilisateur« , on ne pense pas « fonctionnalité« . C’est comme Excel, vous pouvez avoir de nombreuses fonctionnalités, si vous ne les utilisez pas, il n’y aura pas de valeur ajoutée. Selon le retour de nos clients, nous avons donc repositionné notre offre, c’est pour ça que la modélisation, qui était auparavant notre cœur de métier, est moins importante maintenant, et que nous essayons d’apporter plus de valeur, entre autres par le biais d’Analytics.
Model + Frameworks nous fait penser au club utilisateurs de Mars, où justement, des demandes avaient été formulées sur les normes ISO ou la partie TOGAF, est-ce la raison de ce module ?
– Le module avait été créé mais n’était pas aussi visible, certains de nos clients savaient que nous avions une liste assez importante de contenus, de Framework ou de meilleures pratiques (dont ITIL). De plus nous avons agrandi notre offre, et pour une approche pragmatique, par exemple, nous proposons à la fois le modèle certifié de TOGAF 9, et une nouvelle version par Casewise qui va apporter plus de valeur à nos clients. Vous allez voir de nouveaux frameworks apparaître sur le marché.
Cette approche, centrée sur l’utilisateur, semble se tourner vers l’usabilité de vos solutions.
Citation d'Alexandre Wentzo, PDG de Casewise– Le côté usabilité, mais aussi le côté « émotion« , on essaye d’en jouer. Si je prends un exemple, nous avons tous un iPhone, et l’on sait que ça n’est clairement pas le meilleur téléphone du marché, mais il y a un côté émotif avec la marque ou le produit, qui fait que les clients sont fidèles. Avec Casewise, nous essayons de reproduire cette approche : quand les gens utilisent notre solution, nous voulons qu’ils aient du plaisir. Nous travaillons actuellement sur des sujets comme la Gamification par exemple. Prenons des applications comme Foursquare, où plus vous participez plus vous gagnez de points, il y a un système de badges. Nous regardons actuellement comment intégrer ce type de notions dans nos applications, de façon à solliciter, à impliquer les gens de plus en plus, de manière proactive.
Car il est récurrent, dans des projets de modélisation, que l’on commence l’initiative, puis qu’il faille que d’autres services contribuent pour que le projet fonctionne, et il faut trouver comment les impliquer, surtout quand la valeur ajoutée n’apparaît pas tout de suite, sinon le projet échoue. Avec ce type d’approche, nous serons surement les premiers à penser à la personne, à comment la séduire, à vouloir participer.
Ce sujet est très innovant, et je pense qu’il faudra quelques années de maturité pour avoir une offre complètement prête sur le marché, mais c’est comme le mobile, il y a un an, nous étions les premiers, et j’espère qu’on sera aussi les premiers dans ce domaine-là.
Une offre modulaire donc, déclinée sur le Cloud, orientée vers une expérience centrée utilisateur, et beaucoup d’évolutions pour Casewise sur la Suite 2012. Doit-on s’attendre à d’autres choses cette année, en dehors de la Gamification ?
– Ce que vous verrez, surtout cette année, puisque le développement des projets met 12-18 mois à apparaître dans les offres, c’est l’automatisation. Casewise avait commencé avec la partie Synergy au niveau des workflows, pour gérer la partie conceptuelle, au lieu de la faire manuellement. On parle de l’import en masse, de l’auto-diagramming, donc de tout ce qui peut automatiser le travail des utilisateurs, dans tous les domaines de la modélisation à la collaboration. Nous avons réfléchi à la manière dont les gens pouvaient apporter de la valeur sur le contenu ou l’approche. Vous verrez ainsi dans Communicator, un système de réseau social intraprofessionnel, où les gens peuvent faire du brainstorming et échanger, participer à la démarche d’optimisation des processus.
Un message fort à l’attention des concurrents dans le domaine de la modélisation ?
– On a la version 2.0. [Rires]
Lire la seconde partie de l’entretien : « Nous allons facturer nos clients sur un modèle de licence adapté »

"Corporate Modeler n'est plus le coeur de l'offre de Casewise"