Architecture d’entreprise : la tour de Babel

Revenant tout juste d’une formation sur l’urbanisation des systèmes d’information, j’ai décidé d’écrire ce billet qui dresse un constat rapide sur la difficulté à appréhender la notion d’architecture d’entreprise.

Les origines de cette difficulté sont de causes différentes : l’absence d’un consensus dans la profession informatique sur une définition des concepts en jeu, l’absence d’un métamodèle commun d’architecture, et la multiplicité des langages de modélisation.

La notion d’ urbanisation des SI (Systèmes d’information) est un concept français. Dans le monde anglo-saxon – dominant dans l’informatique – on parle d’architecture d’entreprise. Ce premier hiatus a conduit le club de réflexion français « club urba » à se rebaptiser « club urba EA ». Ce premier alignement de la pensée française sur la pensée anglo-saxonne est essentiellement à ce stade un alignement de surface.

Dans le monde anglo-saxon, la notion d’architecture d’entreprise n’est pas figée, et son sens varie d’un auteur à l’autre. Ainsi dans « Enterprise Architecture as a Strategy », l’architecture d’entreprise est un modèle logique d’un haut niveau d’abstraction décrivant l’interaction du métier et de l’informatique.

Elle est décrite par le haut management de l’entreprise. Elle se place donc un cran au-dessus de l’architecture d’entreprise telle qu’elle est comprise dans d’autres démarches, comme celle du TOGAF par exemple.

Les architectures de l’architecture d’entreprise

Supposons cependant un instant que l’architecture d’entreprise est l’art consistant à décrire l’organisation et l’interaction des processus métiers d’une entreprise et de son informatique.

Cette organisation est communément découpée selon un modèle en couche. Mais cette décomposition n’est pas universelle comme on peut le voir.

La décomposition classique française « à la Longépé » (image de xebia )

   

La vision de Capgemini exprimée dans son framework IAF

   

Une décomposition en trois couches chez TOGAF

Une décomposition en 8 paquets chez Praxème

 

Une myriade de modèles

Le champ de l’architecture d’entreprise couvre un large spectre d’activités, qui va des processus métiers d’une entreprise jusqu’à l’architecture des réseaux informatiques en passant par une description des applications informatiques.

La modélisation de tous ces éléments met en jeu des compétences variées : experts métiers, spécialistes réseaux, architectes techniques …

Tous ces profils peuvent-ils s’accorder sur un langage de modélisation commun qui permette à chacun de comprendre le modèle de l’autre ?

Aujourd’hui la réponse est clairement négative.

Si Praxème préconise l’utilisation d’UML, langage largement adopté pour le développement des applications, beaucoup de méthodes de description des architectures ne s’appuient pas sur un langage de modélisation.

On assiste donc à une babélisation dans ce domaine : description des processus métiers avec des outils et des modèles propriétaires ( Mega , IDS Scheer Aris, ….), modélisation des couches applicatives en UML, des couches d’infrastructure en Visio, etc.

Une discipline encore immature ?

C’est probablement la conclusion que l’on peut tirer de ce premier constat, avec les conséquences que l’on peut inférer : difficulté de compréhension entre les acteurs, constant effort d’apprentissage pour celui qui découvre un modèle qu’il n’a pas écrit, risques pour la pérennité de la cartographie d’une entreprise.

Michel Bénard

Architecture d’entreprise : la tour de Babel